07 novembre 2017

Marie Curie, la femme pionnière


Dessin : Stephan Langevin

Marie Curie est assurément la scientifique la mieux connue de tous les temps. Et non sans raison. D'origine polonaise, elle a défriché et pavé la voie à l'ensemble des femmes en science, mais également aux recherches sur la radioactivité, pour lesquelles elle s'est valu deux prix Nobel.

C'est l'histoire de Marie Curie, une chercheuse dévouée, une femme sensible, une pionnière altruiste.

Première de classe...

Il aura fallu très peu de temps à Marie Curie, née Maria Salomé Sklodowska, pour réaliser que son avenir était en science. Fille d'un père professeur et d'une mère institutrice, la jeune Marie est assidue aux études, ses résultats scolaires en témoignent.

Obstacle de taille à son cheminement scolaire, les femmes ne sont pas admises dans les universités polonaises à la fin du XIXe siècle. Marie et sa sœur Bonia rejoignent alors l'Université volante, une institution polonaise illégale qui, de 1885 à 1905, a tenté d'instruire la nation pour résister aux idéologies russes. À propos de l'Université volante, Marie dira plus tard : «Les moyens d'action étaient pauvres et les résultats obtenus ne pouvaient être considérables : pourtant, je persiste à croire que les idées qui nous guidaient alors sont les seules qui puissent conduire à un véritable progrès social. Nous ne pouvons pas espérer construire un monde meilleur sans améliorer les individus.»

Quelques années plus tard, Marie migre vers Paris pour y poursuivre des études de sciences physiques et de mathématiques à la Sorbonne.

Si son intelligence hors du commun la mènera aux plus hauts honneurs scientifiques, elle lui sera également un poids à porter pendant plusieurs périodes de sa vie. À commencer par une dépression que traverse Marie dès l'âge de 15 ans à cause d'un surmenage intellectuel.

Le redoutable duo

Marie rencontre Pierre Curie en 1894. Elle est alors âgée de 27 ans. Si la jeune scientifique est habituellement de nature plutôt timide, la chimie opère entre les deux dès leurs premières rencontres, et ce, à la grande surprise de Pierre. Car déjà physicien de renommée internationale, Pierre Curie ne croyait pas possible de conjuguer vie amoureuse et carrière scientifique.

Un an plus tard, Marie et Pierre se marient.

Le couple formera un redoutable duo scientifique pendant les 11 années que durera leur union. En 1897, Marie se lance dans une thèse de doctorat sur l'étude des «rayons uraniques», récemment observés par le physicien français Henri Becquerel. Supervisée par son mari, elle émet rapidement l'hypothèse que le rayonnement provient de l'intérieur des atomes plutôt que de leur arrangement moléculaire.

Peu de temps après, le couple découvre un nouvel élément qui est trois cents fois plus actif que l'uranium. Ils suggèrent de l'appeler «polonium» en l'honneur du pays d'origine de Marie. Celle-ci propose également le terme «radioactivité» pour décrire le comportement de ces éléments.

Vient ensuite la découverte du radium, que Marie et Pierre parviennent à purifier au fil d'éreintants efforts. Signe de leur dévouement à la recherche scientifique, ils conviennent de ne pas déposer de brevet sur le procédé de purification.

En 1903, Marie obtient le titre de docteur ès sciences physiques, une première pour une femme. Plus tard la même année, le prix Nobel de physique est attribué à Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie pour leurs recherches sur le phénomène de rayonnement découvert par Becquerel. Elle est alors la première femme à recevoir un tel honneur.

Le drame

Alors qu'il circulait à pied dans les rues de Paris en 1906, Pierre Curie est happé à mort par une voiture à cheval. Consternée, la veuve écrira, à l'intention du défunt : «Mon Pierre, je pense à toi sans trêve et sans fin, ma tête en éclate et ma raison se trouble. Je ne comprends pas que j'ai à vivre désormais sans te voir, sans sourire au doux compagnon de ma vie, à mon ami si tendre et si dévoué. [...] On m'a nommée à ta chaire et qu'il s'est trouvé des imbéciles pour m'en féliciter.»

En plus de devoir maintenant élever seule ses deux filles, Irène et Ève, Marie reprend rapidement, soit moins d'un mois après le drame, les rênes du travail de Pierre à la Sorbonne. Elle devient ainsi la première femme nommée à une chaire de ce prestigieux établissement.

Mais la renommée qui vient avec un tel poste n'intéresse pas Marie. Dans un autre message adressé à son mari, elle dit : «Je travaille au laboratoire toutes mes journées, c'est tout ce que je peux faire; j'y suis mieux que n'importe où ailleurs.»

En 1911, ses travaux lui vaudront d'ailleurs de remporter un deuxième prix Nobel, cette fois de chimie, «pour les services rendus à l'avancement de la chimie par la découverte des éléments radium et polonium, par l'isolement du radium et l'étude de la nature et des composés de cet élément remarquables». C'est la première fois qu'une même personne reçoit deux prix Nobel.

Scientifique de guerre

Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, en 1914, Marie Curie élabore des équipements de radiologie mobile afin de pouvoir examiner rapidement les blessés. Elle souhaite ainsi prêter main-forte à sa terre d'accueil, la nation française. Ces voitures, appelées les «petites Curie», ainsi que de nombreux postes fixes de radiologie, auront permis d'examiner plus d'un million de blessés durant la Grande Guerre.

L'altruiste scientifique décède le 4 juillet 1934, à l'âge de 66 ans, d'une surexposition aux éléments radioactifs. Le couple Curie ne sera toutefois réuni que 61 ans plus tard, en avril 1995, lorsque les cendres de Pierre et Marie seront transférées au Panthéon. À l'image de sa vie de pionnière, elle deviendra la première femme à y être admise.

Pour toutes ses réussites, Marie sera une immense source d'inspiration pour sa fille Irène qui, suivant les traces de ses parents, remportera le prix Nobel de chimie en 1935 aux côtés de son mari, Frédéric Joliot.

Cela fait de Marie le personnage idéal pour représenter l'aire commune des nouveaux laboratoires à la fine pointe de la technologie du Département de chimie dans le projet de construction d'envergure de l'Aile 600, secteur nord du pavillon Alexandre-Vachon. Inauguré à l'automne 2018, cet important chantier vise à améliorer le milieu d'études et de travail des étudiants, des professeurs et du personnel associé à la formation et à la recherche à la Faculté des sciences et de génie en offrant de nouveaux laboratoires d'enseignement qui feront la fierté de tous.

Citation :

«Je suis de ceux qui pensent que la Science a une grande beauté. Un savant dans son laboratoire n'est pas seulement un technicien : c'est aussi un enfant placé en face de phénomènes naturels qui l'impressionnent comme un conte de fées. [...] Je ne crois pas non plus que, dans notre monde, l'esprit d'aventure risque de disparaître. Si je vois autour de moi quelque chose de vital, c'est précisément cet esprit d'aventure qui paraît indéracinable et s'apparente à la curiosité.»

Références :